En 1998, Nora était une mère de 17 ans, en difficulté, de jumeaux, vivant en mode survie après avoir été rejetée par ses parents. Elle travaillait de nuit dans une bibliothèque universitaire à Seattle et se nourrissait de soupes instantanées, à peine suffisantes pour subsister. Une nuit pluvieuse, elle rencontra un homme sans-abri nommé Arthur, qui tremblait sous un auvent. Bien qu’il ne lui restât que 10 $ pour son propre billet de bus et du pain, elle fut saisie par un élan d’empathie et lui mit l’argent dans la main, se présentant ainsi que ses bébés avant de rentrer chez elle à pied, sous une pluie battante, sur près de cinq kilomètres.
Au cours des près de trois décennies suivantes, Nora travailla sans relâche pour se construire une vie, trouvant finalement une stabilité grâce à l’aide d’une voisine bienveillante, Mme Greene. Mais une crise survint lorsque sa fille Mae tomba gravement malade à 25 ans, plongeant la famille sous une montagne de dettes médicales. Alors que Nora avait l’impression de se noyer à nouveau, un avocat nommé Carter se présenta à son bureau avec une boîte usée. À l’intérieur se trouvait un carnet en cuir qu’Arthur avait tenu pendant 30 ans, où il notait chaque personne ayant fait preuve de bonté à son égard, le nom de Nora apparaissant le plus souvent.

Arthur avait fini par reconstruire sa vie en acceptant des emplois stables et en économisant chaque centime, mais il n’avait jamais oublié cette jeune fille qui lui avait fait sentir qu’il comptait. Il avait retrouvé Nora grâce à une collecte communautaire qu’elle avait lancée pour les frais médicaux de Mae. Dans la boîte se trouvait, avec le carnet, un chèque de caisse de 62 000 $, toutes ses économies. Il le lui avait légué dans son testament, expliquant que cet argent appartenait en réalité à ce « moment qui avait changé sa vie ».
Cet héritage inattendu permit à Nora de rembourser toutes ses dettes médicales et de respirer enfin librement. Submergée par la prise de conscience que son petit geste de bonté avait traversé le temps pour la sauver, Nora rendit visite à Mme Greene afin de la remercier enfin pour toutes ces années d’aide. Elle comprit que les 10 $ qu’elle pensait ne pas pouvoir se permettre de donner n’avaient jamais vraiment disparu ; ils avaient simplement attendu le moment où elle en aurait le plus besoin.

Nora décida d’honorer l’héritage d’Arthur en commençant son propre carnet pour y consigner ses actes de bonté. Elle se mit à aider les autres par de petits gestes — payer des tickets de bus, acheter des provisions, soutenir ses collègues — comprenant désormais que la valeur d’un acte ne réside pas dans son montant, mais dans le lien qu’il crée. Finalement, elle se rendit sur la tombe d’Arthur pour y déposer un billet de dix dollars, bouclant ainsi le cercle d’un parcours de 27 ans marqué par une gratitude réciproque.