Trois mois après la mort de mon mari, j’ai enfin trouvé le courage d’affronter les souvenirs et d’apporter son téléphone cassé, resté dans un tiroir, chez un réparateur. Mon intention était simple et sincère : faire remplacer l’écran et offrir l’appareil à ma belle-mère, qui avait besoin d’un téléphone. Mon mari avait perdu la vie dans un terrible accident de la route, et depuis ce jour, je n’avais jamais osé toucher ce rectangle de verre noir chargé de silence. En entrant dans l’atelier, une étrange inquiétude m’envahit, mais je la mis sur le compte du deuil.
Le réparateur, un homme ordinaire, m’expliqua que la réparation prendrait environ une heure. Je m’assis dans un coin et attendis, regardant la pluie tomber à l’extérieur, repensant aux moments heureux partagés avec mon mari, à l’image du père attentionné et fidèle que je croyais connaître. Pour nos enfants, il était un héros. Lorsque le réparateur installa le nouvel écran et brancha le téléphone pour le charger, le son familier du démarrage retentit. Mais à peine l’appareil allumé, le visage de l’homme se figea, livide. Les mains tremblantes, il me tendit le téléphone.

— Vous devriez voir cela… Ce n’était pas mon intention de fouiller dans votre vie privée, mais le message est apparu directement à l’écran, dit-il d’une voix embarrassée.
En prenant le téléphone, je vis un message provenant d’un contact enregistré sans nom, uniquement marqué par un emoji en forme de cœur. L’heure d’envoi correspondait exactement au moment de l’accident. Les mots se brouillèrent devant mes yeux, tandis que ma poitrine se serrait douloureusement.

Le message disait :
« Mon amour, je t’attends depuis vingt minutes. Où es-tu ? Ta femme te retient encore ? Dépêche-toi, tu me manques tellement. »
À cet instant, j’eus l’impression qu’on me versait de l’eau bouillante sur la tête. Mon mari ne se rendait ni au travail ni à la maison ce jour-là — il se hâtait de rejoindre une autre femme. L’accident mortel avait eu lieu parce qu’il roulait trop vite, pressé de retrouver son amour interdit. L’homme que je pleurais depuis trois mois, celui que mes enfants attendaient encore, menait une double vie.

Je reposai le téléphone sur le comptoir du réparateur et sortis sans prononcer un mot. La pluie frappait mon visage, mais la douleur laissa place à un dégoût profond et à une colère glaciale. Il n’y aurait pas de cadeau pour ma belle-mère — seulement une dignité brisée et un immense mensonge.
Ce jour-là, j’ai compris que certaines vérités n’ont jamais besoin d’être découvertes. Car certains secrets sont capables de souiller même le deuil que l’on porte pour les morts.