Mary et Thomas avaient consacré trente-trois années à bâtir une existence entièrement tournée vers leurs « sept merveilles » — leurs filles — jusqu’au jour où une sentence médicale irrévocable fit vaciller leur univers. Lorsque le Dr Patel annonça la présence d’un cancer malin agressif, ne laissant guère plus d’un an d’espérance, la maison autrefois vibrante de paillettes et d’éclats de rire nocturnes se transforma en un lieu assombri par les perfusions et les analyses sanguines. Thomas nourrissait un dernier souhait, douloureusement simple : accompagner chacune de ses sept filles jusqu’à l’autel. Mary comprit que le temps était devenu un adversaire impossible à vaincre par des moyens ordinaires et choisit de défier la maladie en orchestrant, lors du mariage imminent de leur aînée Emily, une « marche nuptiale » secrète et collective.
L’opération fut menée avec une précision quasi militaire, impliquant les sept sœurs ainsi qu’une équipe de prestataires compatissants conscients de la gravité de la situation. Tandis que Thomas luttait contre l’épuisement infligé par la chimiothérapie, ses filles s’activaient en coulisses, dénichant des robes de mariée dans des boutiques de seconde main et auprès de groupes de futures mariées afin que chacune puisse participer. Lily se chargea des retouches, pendant que Nora et la coordinatrice de mariage adaptaient l’organisation de l’église aux forces déclinantes de leur père. Leur ambition était de transformer une seule cérémonie en un souvenir éternel pour un homme terrifié à l’idée que le cancer ne l’empêche de voir ses plus jeunes filles — y compris Sophie, quinze ans — devenir des épouses.

Le jour du mariage d’Emily, Thomas n’était plus que l’ombre de lui-même, s’appuyant sur la main ferme de Mary pour parvenir à se tenir debout. À mi-chemin de l’allée, la musique changea et la surprise éclata : en levant les yeux, il découvrit ses six autres filles alignées devant lui, toutes vêtues de blanc. L’église fut saisie d’un silence collectif, lourd de larmes, tandis que Thomas, submergé par ce « miracle », avançait de quelques pas avec chacune d’elles. L’une après l’autre, elles prirent son bras, reçurent un baiser sur le front et lui murmurèrent leur amour, lui permettant d’accomplir son rêve sept fois en un seul après-midi sacré.
L’apogée émotionnelle survint lorsqu’il atteignit Sophie, la benjamine, qu’il serra contre lui avec une intensité désespérée, comme pour défier le cours du temps. Durant cette heure suspendue, la réalité clinique du cabinet du Dr Patel s’effaça devant une célébration farouche de la famille. Même lorsqu’il confessa son épuisement lors de la réception, Thomas déclara l’instant « parfait », reconnaissant que sa femme et ses filles avaient repris la maîtrise du récit de ses derniers mois. Elles n’avaient pas simplement créé une mise en scène photographique ; elles avaient dressé un rempart contre l’obscurité de l’année à venir, veillant à ce que le cancer ne soit pas l’unique souvenir gravé dans leurs mémoires.

Ce soir-là, réunis sur le sol du salon dans leurs robes dépareillées, l’atmosphère changea profondément : la crainte d’une perte future céda la place à des projets pour le présent. Thomas demanda à Mary de promettre que les filles ne feraient jamais semblant que tout allait bien lorsqu’il ne serait plus là — une exigence de vérité qui devint la pierre angulaire de leurs nouvelles « règles familiales ». Ensemble, ils dressèrent la liste des souvenirs qu’il leur restait à inventer, déterminés à dire la vérité et à ne laisser filer aucun « bon jour ». Pour Mary, le poids du diagnostic demeurait, mais pour la première fois depuis longtemps, elle sentit le sol se stabiliser sous ses pieds, soutenue par l’amour de ses sept filles et de cet homme qui, d’une manière ou d’une autre, les avait toutes ramenées chez elles.