Dans un coin tranquille de sa maison, Robert Downey Jr. s’installait en citrouille vivante. Sa fille, Avri, peignait avec soin un visage souriant de jack-o’-lantern sur l’arrière de sa tête fraîchement rasée—un prélude domestique et tendre à une performance qui serait tout sauf douce. Cette scène intime d’un père cédant à la créativité de ses enfants contraste de manière frappante avec les visages « monstrueux » du pouvoir américain qu’il s’apprêtait à incarner. Pour se préparer à The Sympathizer, Downey a délaissé l’artifice d’une calvitie factice, optant pour une coupe courte réalisée avec amour, qui servait de toile vierge pour une collision créative à haute tension avec le réalisateur Park Chan-wook.

Dans cette vaste satire de la guerre du Vietnam, Downey ne se contente pas de jouer ; il se métamorphose à travers une « hydre » d’archétypes occidentaux. Il incarne quatre — et finalement un cinquième caché — antagonistes représentant les multiples tentacules de l’establishment américain : l’agent de la CIA Claude, le professeur orientaliste Hammer, le député opportuniste Ned Godwin et le réalisateur arrogant Niko Damianos.


La révélation finale d’un cinquième rôle, le prêtre français qui est le père du protagoniste, cristallise la thèse : pour notre narrateur, le visage de la patriarcat blanc est interchangeable. C’est une déconstruction brute des systèmes capitalistes mêmes que Downey incarnait autrefois en Tony Stark.

Sa transformation « vintage » — les boucles rouges qui se dégarnissent, les sourcils décolorés, les diverses prothèses — n’est pas un simple relooking. C’est un dépouillement du « star system » pour révéler l’acteur de caractère qui se cache dessous. Jouer ces archétypes satiriques et baroques permet à Downey d’explorer une palette viscérale qu’il effleurait rarement sous son armure. Qu’il « dévore la scène » en réalisateur à la Francis Ford Coppola ou qu’il reste terriblement silencieux en mentor, il utilise son instrument dans sa totalité.

Si nous l’aimions en capitaliste quintessentiel dans son armure métallique, ce « Second Act » révèle l’« Esprit Indestructible » d’un artiste qui n’a plus peur de devenir méconnaissable. Entre les mains de Park Chan-wook, Downey dépasse le spectacle pour révéler une vérité plus profonde sur la « banalité » du mal et l’interchangeabilité du pouvoir.