Lorsqu’ils arrivèrent au restaurant, Richard demanda immédiatement une table près d’une immense baie vitrée donnant sur la rue. Pourtant, tout au long du repas, son comportement devint de plus en plus étrange. Il semblait à peine écouter Marilyn, consultait nerveusement sa montre et surveillait sans cesse les voitures qui passaient dehors. La situation prit une tournure inquiétante lorsqu’il exigea soudain qu’elle se lève, là, au beau milieu de la salle. Quelques instants plus tard, un SUV noir s’arrêta de l’autre côté de la rue et deux hommes en descendirent. Visiblement paniqué, Richard saisit brusquement Marilyn par le poignet et tenta de l’entraîner vers la sortie des cuisines.

Terrifiée, Marilyn ne savait plus si Richard cherchait à la protéger d’un danger ou s’il l’avait attirée dans un piège. Avec l’intervention du directeur du restaurant, elle réussit à se dégager de son emprise. La tension monta encore lorsqu’un des hommes du véhicule entra dans l’établissement. Il se présenta sous le nom de Daniel et révéla être le mari d’Eleanor, la fille de Richard. Peu à peu, une vérité aussi inattendue que blessante éclata : Richard avait soigneusement organisé toute cette mise en scène. Il avait choisi Marilyn en partie pour sa taille exceptionnelle, comptant sur sa silhouette imposante, parfaitement visible derrière la baie vitrée, pour servir de signal à sa fille. Il voulait qu’Eleanor constate de ses propres yeux qu’il avait enfin un rendez-vous amoureux et cesse de s’inquiéter de sa solitude.
Peu après, Eleanor arriva en fauteuil roulant, profondément embarrassée par l’attitude manipulatrice de son père et par son besoin permanent de tout contrôler lorsqu’il avait peur. Marilyn, quant à elle, se sentait humiliée d’avoir été utilisée comme un simple repère humain dans une stratégie dont elle ignorait tout. Quelque temps plus tard, Richard lui adressa une lettre dans laquelle il présentait des excuses sincères. Eleanor prit également contact avec elle pour lui expliquer que, depuis la mort de son épouse, son père supportait très difficilement la solitude. Incapable d’exprimer ouvertement ses émotions, il avait pris l’habitude de décider à la place des autres, sans toujours mesurer les conséquences de ses actes.

Refusant de laisser cette mésaventure détruire son espoir de retrouver l’amour, Marilyn accepta finalement de revoir Richard autour d’un café, mais uniquement selon ses propres conditions. Cette fois, elle choisit elle-même l’endroit et se présenta dans de confortables chaussures plates. Richard se montra véritablement repentant, l’écouta avec attention et lui demanda pardon avec simplicité, sans chercher à minimiser son comportement ni à franchir les limites qu’elle avait fixées. Touchée par sa volonté d’assumer pleinement ses erreurs, Marilyn décida de ne pas fermer définitivement la porte à une éventuelle relation. Elle était prête à apprendre à le connaître progressivement, à condition que leur rapprochement repose désormais sur la sincérité, le respect et la confiance. Et surtout, elle entendait rester seule maîtresse de ses choix et de son avenir.