Ce jour-là, la famille qui franchit les portes du commissariat était habitée par une tension inhabituelle. Les parents semblaient nerveux, presque paniqués, mais c’est leur petite fille d’à peine deux ans qui attira tous les regards. Les yeux remplis de larmes, elle portait une tristesse si profonde qu’on aurait dit que le poids du monde reposait sur ses frêles épaules. Gêné, le père s’approcha de l’agent de service et expliqua que sa fille pleurait sans arrêt depuis des jours et qu’elle ne parvenait à se calmer qu’en avouant sa « faute » à un « policier monsieur ».

Le brouhaha du commissariat fut soudain interrompu par la voix tremblante de l’enfant. Un adjudant présent sur place s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur et lui parla doucement :
« Je t’écoute, ma petite. Tu peux tout me dire. »
Après avoir longuement observé l’uniforme et l’insigne, la fillette, entre deux sanglots, confessa sa plus grande peur :
« J’ai fait quelque chose de très grave… Vous allez me mettre en prison ? »

Avec un sérieux empreint de tendresse, le policier répondit :
« Dis-moi d’abord ce qui s’est passé. »
À bout de forces, la petite éclata en sanglots et cria sa confession :
« J’ai tapé la jambe de mon frère, très fort ! Maintenant il y a un bleu. Il va mourir et ce sera de ma faute ! S’il vous plaît, ne m’envoyez pas en prison ! »
Face à cette confession innocente, tous les agents restèrent figés un instant, avant que des sourires attendris n’apparaissent sur leurs visages.
Le policier prit délicatement la fillette dans ses bras et, en la regardant droit dans les yeux, lui dit :
« Écoute, mon petit cœur, personne ne meurt à cause d’un bleu. Ton frère ira très bien, et il guérira vite. Mais il ne faut plus jamais frapper quelqu’un, d’accord ? »
Encore incrédule, la petite essuya ses larmes et promit qu’elle ne recommencerait jamais.

Après des jours sans manger ni dormir, un apaisement illumina enfin son visage. En quittant le commissariat, blottie contre sa famille, elle laissa derrière elle des policiers souriants. Ce jour-là, aucun criminel n’avait été emprisonné, mais la plus grande tempête dans le cœur d’un enfant s’était apaisée grâce à la bienveillance d’un policier. La petite fille rentra chez elle, non pas avec le sentiment d’avoir échappé à une prison, mais soulagée d’avoir enfin libéré sa conscience.