Les cris du parc d’attractions Starlight Peaks étaient d’ordinaire le fruit de l’allégresse, mais aujourd’hui, ils s’étaient figés en une dissonance bien plus acerbe. Haut perchée au-dessus du bitume, l’« Iron Talon » s’immobilisa dans un gémissement violent, ses wagons suspendus dans un angle précaire de quarante-cinq degrés, piégés en plein cœur d’une boucle verticale. Pendant dix minutes d’agonie, les passagers restèrent là, en suspens entre les nuages et le pavé, dans un silence de plomb. Puis, sans crier gare, les freins de secours sifflèrent avant de rendre l’âme. Au lieu d’une descente maîtrisée, le convoi fit une embardée en avant dans un craquement sinistre, entamant une course folle et chaotique qui tenait moins de l’attraction que de la chute libre. Le régulateur informatique venait de griller, abandonnant le train d’acier à une inertie mortelle à chaque creux et chaque virage.

Alors que les adultes étaient pétrifiés par la force centrifuge et l’effroi, Léo, un gamin de douze ans aux doigts tachés de cambouis et au calme surnaturel, perçut le désastre sous un autre angle. Il remarqua le raccord hydraulique desserré qui dansait près de l’essieu du premier wagon, projetant un fluide qui rendait le rail glissant et les freins dérisoires. Tandis que le grand huit amorçait une brève remontée, ralentissant une fraction de seconde, Léo ne hurla pas. Il glissa son corps frêle hors de la barre de sécurité défaillante — un exploit rendu possible uniquement par sa petite taille et sa volonté de fer. Il s’aventura sur l’étroite passerelle de service qui bordait le rail, ses baskets agrippant le métal perforé alors que le vent fouettait son visage.
Le train rugit en passant devant lui, mais alors qu’il s’engouffrait dans le virage suivant, Léo s’élança. Il connaissait les rouages de l’attraction grâce à des années de lectures obsessionnelles, et il savait que la commande manuelle d’urgence se trouvait au sommet de la dernière pente — une jonction que le train fou s’apprêtait à dépasser à cent trente kilomètres à l’heure. En équilibre tel un funambule, il grimpa l’inclinaison. Sous ses pieds, le parc n’était plus qu’un flou de néons et de minuscules visages tournés vers le ciel. Le manège revint en trombe, bête de métal hurlante fonçant droit sur lui. À quelques secondes de l’impact, Léo atteignit le boîtier de dérivation. Dépourvu d’outils, il repéra le levier coincé par un débris quelconque.

D’un grognement d’effort, il projeta son talon contre l’obstacle, le délogeant pile au moment où le premier wagon franchissait la crête. Les aimants de secours s’enclenchèrent dans un fracas de tonnerre, projetant des étincelles dans le crépuscule. Le train tressaillit, l’odeur d’ozone et de gomme brûlée saturant l’air, avant de ralentir dans un martèlement rythmique. Il s’immobilisa à peine à un mètre du terminus, là où les rails s’interrompaient pour la maintenance. Léo s’assit sur la passerelle, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes, observant les passagers livides et tremblants que l’on descendait vers la terre ferme. Il les avait sauvés, non pas avec une cape, mais d’un coup de pied salvateur et par le courage de rester debout quand le monde entier basculait dans le vide.